dimanche 26 mars 2023

La première mine de Mazé

 Trois jours se passent. Je ne suis pas encore désigné pour monter aux mines. J'en profite pour allez à pied à la ferme des Naviaux distante peut-être d'une dizaine de kilomètres.

La Harazée, Vienne-le-Château, Vienne-la-Ville. Je reçois bien quelques obus en cours de route mais ce n'est pas grave, il faut ce qu'il faut. Je retrouve là-bas les anciens de la compagnie d’instruction.

Au retour, il fait nuit et je me perds dans ce secteur et me retrouve vers Saint-Thomas, en 1ère ligne mais dans un secteur voisin. Mais les 3 jours passés, j'apprends que je suis inscrit au "tableau". Le tableau de formation des équipes affiché à la porte de Debireu. Je m'y rends. C'était bien ça : Sergent Mazé, caporal Ragot, sapeurs-mineurs Untel, Untel, etc. . Bien entendu, comme nouvel arrivant, je vais à la S3, la mine de plus mauvaise réputation et j'hérite aussi de la plus mauvaise pause, celle de deux heures du matin.

Lombard gueule après ces "enfieffés" qui foutent à l'arrivant qui n'y connaît rien et la plus mauvaise mine et la plus mauvaise pause.

Ah ! cette relève de 2 heures... comme elle m'en fait baver !

Tout dort dans l'abri de la compagnie, un abri immense sous la falaise où 150 et quelques poilus sont entassés, pêle-mêle. Comment retrouver le caporal Ragot qui, entre parenthèses, est un pauvre minus, un véritable crétin.

J'ai bafouillé chaque fois. J'en ai réveillé 10 avec ma lampe électrique avant de tomber sur lui. Je me suis fait traiter de tous les noms et quand, par hasard, j'arrivais à mettre la main sur un sapeur qui devait venir avec moi, à peine réveillé, il se rendormait immédiatement.

Bref nous ne sommes jamais arrivés à S3 avant 3 heures bien sonnées.

Ce n'était pas fini. En montant, il fallait emporter du matériel : un chapeau de châssis, deux hommes ; les montants, deux hommes ; la semelle, un homme. Suivaient les planches de coffrage, tant par homme,etc.. Alors c'étaient des rouspétances à n'en plus finir: "C'est pas à nous. Tu vois bien qu'ils profitent que c'est le nouveau sergent pour nous foutre ça sur les reins."

Ragot, un type du genre Esnault de Savennières, Ragot ricanait bêtement sans m'aider le moins du monde à rassembler les poilus. Comment avait-on pu nommer cabot [caporal] ce pauvre imbécile ?

Cahincaha, la caravane se mettait en marche, parfois par le ravin quand tout était calme, tantôt par les boyaux quand la moindre inquiétude se manifestait. Boyau Moréac, boyau de la Crête, tranchée de doublement. Nous passons devant S4, tournons dans un boyau à gauche : c'est là.

Document du cahier de Bernard Mazé.

 

 

Des sacs de terre encombrent l'entrée sur plusieurs mètres. Il faut qu'un ou deux poilus montent sur le parapet pour les vider dans les trous d'obus.

Les hommes ? Ils sont de toutes les origines et de tous les calibres.

Types du nord, des mineurs comme Ballez et compagnie, de forts gaillards qui s'y attendent à manier le pic. Évidemment dans la mine, ils se sentent chez eux.

Des Parisiens qui ne veulent rien foutre ou à peu près et qui cherchent à rester le plus près possible de l'entrée pour pouvoir se sauver plus vite en cas de pépin.

Les 2 frères Streith, mes deux amis, venus avec moi de l'Épine, sont là, heureusement.

Nous sommes descendus dans la mine sombre où tout danger nous guette. Rien. Le silence total. Alors avec un gros marteau de forgeron, une masse, nous frappons trois coups très forts sur la semelle d'un châssis et nos attendons le cœur battant.

Connivence avec l'ennemi

Toc, toc, toc, trois coups sourds, venus d'on ne sait où à travers le rocher d'Argonne nous ont fait écho. Bon, ça va. Le vieux Fritz qui nous a entendu nous fait signe qu'il travaille lui aussi et qu'il n'y a rien à craindre pour l'instant.

Allez ! au boulot ! Un gars du nord,  à grands coups de pic, fait de l'avancement. Si les boches ne nous situent pas exactement, c'est qu'ils ne le veulent pas. Un autre poilu met les quartiers de roche arrachés dans des sacs à terre. Une autre équipe les évacue. Enfin, certains, plus loin en arrière, font du coffrage. A gauche, un rameau de combat de 60/80 part en oblique. S3 AG. Il faut s'y glisser en rampant, à plat ventre, en progressant sur les coudes. Une vingtaine de mètres à faire ainsi et on débouche sur une "chambre de mine" haute de 1,50 mètres de haut peut-être sur 2 mètres de large et autant de long. Elle est destinée, remplie de dynamite, à faire sauter a tranchée boche qui est au-dessus. Cette chambre est presque terminée.

Établissement d'une mine sous une tranchée ennemie. Vue d'artiste. Illustration du Miroir en 1915

 

Ça ne fait rien, les gars d'ech'nord qui travaillent dans ce sinistre endroit sont déjà terriblement retirés du monde. Que les  boches fassent sauter, coupant le rameau, et c'est la mort, perdus, seuls à 120 mètres sous terre.

De 5 à 7 heures

Cinq heures, nous remontons tous dans la chambre de mine tout en haut à proximité de la sortie dans le boyau. On tire le casse-croûte, on se tasse en attendant 7 heures. Nous ne reprendrons pas le boulot avant cette heure car la consigne nous a été passée par ceux que nous avons relevés - il existe un accord tacite entre les boches et nous pour ne faire sauter qu'entre 5 et 7. Vraie ou fausse, la consigne est respectée partout dans tous les chantiers, les poilus refluent vers l'entrée de la mine, là où ils ne craignent presque rien.

7 heures : il ne s'est rien passé. On remet ça jusqu'à 10 heures. A ce moment la relève arrive. Relève de jour, plus exacte car à cet instant des officiers peuvent se trouver là. La nuit, bien sûr, il n'y a pas de danger que nous les voyions en lignes.

15 novembre 1916 : au repos. Rien à signaler sauf la grande activité de l'aviation ennemie. Pas vu un avion français de la journée. Par contre nos batteries antiaériennes n'ont pas cessé de tirer.

16 novembre : monté à 2 heures du matin, descendu à 10 heures. Rien à signaler.

17 novembre : monté à 10 heures. Descendu à 18 heures. Grande activité de l'aviation boche sur les lignes. Fusants sur le ravin au moment de la relève de 18 heures.

18 novembre : repos. Resté à la popote.

19 novembre : monté à 2 heures du matin. De 2 à 5, rien à signaler. A 6 h1/4, S5 saute. 7 morts dont Échelain (1). Descendu avec les morts et procédé à l'inventaire.

(1) voir la fiche matricule de ce soldat en lisant l'article du 29 octobre 2019 ou en tapant son nom dans "Rechercher sur ce blog"





lundi 27 février 2023

D'autres ennemis

 Quelquefois, malgré tout, nous essayons de nous coucher dans le réduit attenant. Cela consistait à s'étendre tout habillé sur du grillage tendu sur un cadre de bois mais dormir y était difficile.

Des difficultés qui s'avéraient presque insurmontables !

D'abord les rats.

Les rats traitaient le lieu en pays conquis, se poursuivaient avec des cui-cui invraisemblables, nous courant sur la figure, mangeant les lacets de cuir de nos godillots.

Ah ! Il faut les avoir entendu fourgonner et crier, les rats du Four de Paris pour savoir ce que c'est qu'une invasion. 

Après une chasse aux rats dans une tranchée de 2e ligne, 1915. Le tableau dessin au crayon encre réalisé par Léon Durand. © Paris, musée de l’Armée, Dist. RMN-GP / image musée de l’Armée

 

Les rats, les poux. Mais les poux n'étaient rien à côté des rats. On vit avec ses poux, on s'y habitue. On ne prend même plus la peine de les chercher, persuadés de l'inutilité d'une telle offensive. Vous en tuez cinquante, il en revient cent.

En octobre 1914, l’artiste Mathurin Méheut (1882-1958) est incorporé au 136e régiment d’infanterie d’Arras. Puis de 1916 à 1917, il est détaché au service topographique et cartographique à Sainte-Menehould puis à Bergues. La chasse aux Totos est l’un de ses Croquis de guerre témoignant de la vie dans les tranchées. © Paris, musée de l’Armée

 

J'ai possédé plus tard au Kemmel (*), en 1918,  une paillasse vivante composée en parties égales de sciure, de paille et de poux. Une paillasse vivante. J'avais l'impression qu'elle bougeait. J'y dormis fort bien. Avec les rats, impossible.

Nous nous mettions quelquefois en colère contre eux et décidions d'une opération. DEans le réduit où nous couchions, nous disposions à terre des reliefs de repas. Nous nous mettions en cercle autour de cet appât, chacun une pelle à la main et nous faisions l'obscurité. Au bout d'un moment, les trottinements se multipliaient et nous avions l'impression d'un grouillement au centre de notre cercle. Un jet de lampe électrique et toutes les pelles s'abattent en même temps. Il reste quelques cadavres. Mais c'est une goutte d'eau dans la marée des rats qui nous assaillent.

Il y avait aussi le moteur. Un vague petit moteur à gaz pauvre (gazogène) qu'on a logé dans une cabane en planches adossée au réduit qui nous sert de dortoir.

Ce moteur sert à fabriquer un courant poussif qui arrive quelquefois à faire rougir -de honte, sans doute- les filaments des lampes électriques que nous avons dans nos mines. Il marchait toute la nuit. Flop, flop, flop,... atchi, atchi, ... flop,flop, flop. Les flops correspondent bien au temps moteurs, les atchis à la marche à vide. J'avais compté ces flops irréguliers ; ils se suivaient quelquefois jusqu'à 10 de suite, jamais plus. Il se produisait toujours un atchi, atchi avant.

Il fallait être impatienté (?)  de ne pas dormir pour s'amuser à compter les flop flop et les atchi atchi.

 


 

(*) Le mont Kemmel se situe dans les Flandres belges. Il fut le lieu d'âpres combats en 1918.




mardi 31 janvier 2023

La popote, on mange mais pas que...

 La popote des sous-off de la 7/2 est tout un poème. Nous étions beaucoup au début, une quinzaine peut-être. Deux mois plus tard, nous nous retrouvions une demi-douzaine autour de la même table. Les autres, Lombard, Allely et Cie, tous évacués  pour - oh ! il n'y a pas de croix de guerre à gagner -  pour soulographie prolongée, tout simplement.

Une merveille d'organisation cette popote. Les sous-off que nous étions prenaient le travail en trois équipes de 8 heures, si bien que nous rentrions à toute heure de jour et de nuit. Nous ne nous couchions guère !

Lucien Jonas. La bonne marraine. Supplément aux Annales. BM Dijon (non coté)

 

On chante

La nuit passait en vociférations diverses. Nous attendions la relève de 2 heures du matin. Les uns rentraient, les autres partaient. Il fallait bien faire manger et boire ceux qui arrivaient.. et la fête continuait.

 Je n'avais jamais vu une foire pareille. Le repas vers 6 heures se passait normalement mais ensuite le chahut s'organisait. Le vin blanc de Sainte-Menehould coulait dans les quarts. On chantait puis, la boisson aidant, , on braillait, on braillait bien sûr tout ce que nous connaissions de plus dégoûtant. Combien de fois avons-nous hurlé "Les 3 Orfèvres" ou "Les Vérolés".

[Note de jph : je n'ose reproduire les paroles de la chanson "Les 3 Orfèvres". Vous pourrez les retrouver dans les chansons paillardes du site www.paroles.net. Quant aux autres titres de chansons cités dans cet article, je ne les ai pas trouvés.

https://www.paroles.net/chansons-paillardes/paroles-les-trois-orfevres]

On boit, on danse

Un peu plus tard, seulement les réserves ordinaires étant épuisées, Gonnet le cuistot descendait de la planche la-haut la grosse bouteille d'Argonne qui devait bien tenir ses 8 litres "Le Tue-Homme".

A 2 heures du matin, la grosse bouteille était vide, alors Gonnet nous trouvait du rhum, puis, prétendant en avoir terminé avec son service et désapprouvant nos libations, il secouchait. Cela consistait pour lui à s'étendre sur quelque grabat dans un coin enfumé du réduit.

Malheur à lui ! C'était justement l'heure des danses espagnoles où Milo excellait avec deux assiettes en aluminium comme tambourin. Ou  bien il s'agissait d'une course de toros. Le fauve, Lombard, avec deux fourchettes attachées autour du crâne en guise de cornes.

Bien entendu au cours de ces différents exercices, il nous arrivait de culbuter sur Gonnet ou de lui marcher sur le ventre, et le pauvre cuistot gueulait comme une cane.

"Fesses de rat" avait les yeux pâles et la voix difficile. Le brigadier prenait un air lointain et semblait regarder à des kilomètres.... L'entrain tombait.

Alors la relève de 2 heures du matin arrivait. L'air frais qui rentrait avec elle ranimait tous les courages. Allons ! Tous ensemble ! Une ! deux ! C'était la chanson  du Barbiau et du Courtiau. Quelque chose qui touchait au sublime.

Une caricature fournie par l'Historial de Péronne

 

Soirs de gala

Les soirs de gala, nous invitions un adjudant du 23ème d'inf., un gentil garçon. Il aimait venir avec nous, les sous-off biffins n'ayant pas, sans doute, une popote aussi tapageuse que la nôtre.

 Il était accompagné d'un sous-off qui apportait une mandoline de sa fabrication, avec comme boîte de fond une boîte à cigares. Il chantait d'une voix à nous rendre sourds :

Hein ! de quoi ! un homme à la mer ?

Tant pis ! Je ne suis pas d'service !

Comment ? Un paquebot se perd.

Tous vont périr. Dieu les bénisse !

Ou bien c'était l'air de maman la bataille :

C'était le plus beau du ré-gi-ment

Un beau gars bien bâti. J'en étais fière !

A peine eut-il vingt ans,

Qu'il partit pour y mourir à la frontière

C'était à vous tirer des larmes.

La fin de la popote

Ça ne pouvait durer. Un à un, les sous-off furent sur le flanc. Le major évacua la popote, Cassoly, notre capitaine, se demandait quel mal étrange et contagieux minait ainsi le corps des sous-officiers.

 

 




 




 

 

 

 



mardi 1 mars 2022

Notre "Joseph", le cuistot principal

 Midi

Les cuisines sont en effervescence le long de la route de la Chalade à la Harazée. Les fumées montent tout le long du talus. La nôtre est provoquée par notre cuistot principal "Joseph", un Auvergnat au poil rude. Il sert, monté sur sa roulante, avec une louche énorme. Il a une voix rauque et il parle du nez. C'est cocasse.

Les sapeurs le font marcher :

"Dis donc, Joseph, tout à l'heure, on causait avec Milo et on s'demandait comment qu'ça s'appelle les petits trucs verts qu'on met dans les sauces, comme du persil ?

- Des cives, répond Joseph

- Mais non, c'est pas c'nom-là. Voyons. Des mi..., des ci....

- Ah ! J'y suis, coupe Joseph, des ciboulettes !

- Tiens, mon con, et ces deux-là, qu'est ce que t'en fais ?

- Denrée !" répond Joseph vexé, qui se retourne pour plonger son énorme louche dans un rata sans nom. Et que je te remue, à droite, à gauche. Ma parole, on dirait qu'il veut avancer à la godille.


L' écho de la roulante, page créée à l'occasion de l'exposition du même nom sur les cuisines roulantes MAGUIN et autres durant la première guerre mondiale.
La cuisine roulante durant le première guerre mondiale dans les unités françaises. En particulier les cuisines roulantes MAGUIN. De nos jours l'entreprise MAGUIN SAS est toujours localisée à Charmes (02800) et il y a 100 ans, le 23 février 1915 après avoir construit de nombreux prototypes elle reçue une commande du ministère de la guerre pour 300 cuisines roulantes à 4 roues et 4 marmites à livrer en 1915.
Dessin et texte extraits de www.facebook.com/cuisineroulante/

L'aide-cuistot a du culot

Il a comme aide un titi parisien dont le capitaine n'a jamais pu venir à bout. De lui on raconte cette histoire, mais est-elle vraie ?

De tout temps, le génie a été considéré comme une arme "savante", très supérieure à l'infanterie. Un cabot du génie est quelquefois  délégué vers un coin où les biffins travaillent. Il prend ses mesures, trace des tranchées, piquète les réseaux et il a sous ses ordres des lieutenants d'infanterie. Si bien que pour les gars du génie se considèrent comme très supérieurs aux fantassins. 

Donc, un jour, montant le jus aux zèbres en lignes, notre cuistot rencontre dans le boyau un capitaine de biff' et le bouscule un petit peu. Le capitaine, qui l'avait déjà rencontré et repéré, l'interpelle ce coup-ci tout de bon.

"Dites donc, sapeur, ou bien je ne sais quoi, dit-il, en faisant ainsi allusion à la tenue crasseuse et horriblement débraillée du loustic. Dites donc, vous ne pourriez pas saluer ?"

Lattaque était brusquée, elle assit une seconde notre cuistot qui demeura coi, le mégot collé au coin de la bouche. Mais d'un seul coup, repartant de l'avant, il lança au fantassin sidéré:

"Capitaine d'infanterie, cuisinier du génie ? grade égal, salue pas."

L'affaire fit du bruit et se termina par un nombre de jours de prison indéterminé qui venaient augmenter la masse des jours déjà accumulés et qui ne devaient jamais se faire.

Mais nous repoissons Joseph.

"Dis donc Joseph, il paraît qu't'étais dans la musique de ton patelin." Joseph grogne. Il a été victime tellement de fois. Il se méfie. Pourtant, il acquiesce.

"De quoi qu'tu jouais ? " et la conversation s'ébauche, lente à venir car Joseph est rébarbatif. Pourtant nous arrivons à lui faire prononcer le mot convoité : "Des cymbales !". Ça lui a échappé mais avant même que nous ayons pu lui répondre : "Ben, et ces deux-là, qu'est ce que t'en fais?, il a déjà tourné le dos, dédaigneux. "Denrée, va !"

 




mercredi 15 janvier 2020

Les mines

    Les anciennes mines
Dans cette tranchée Kowalski s'ouvrent des ouvertures carrées si petites qu'on doit s'y glisser en rampant. Ce sont des entrées de mines, d'anciennes mines, car elles sont abandonnées aujourd'hui. C'était la série des K : K1, K2, K3, etc. Elles étaient beaucoup trop en surface et les boches qui, eux, évoluaient vers 15 ou 16 mètres de profondeur ne craignaient rien. 
    La dernière, encore en service, K7 est sautée avant mon arrivée à la compagnie. Il y a eu quelques blessés, dont notre vieux copain Seichepine pour qui nous apportions un colis de Châlons... Alors les frères Streith ont liquidé le colis destiné à Pipine.

    Les mines actuelles
Mais nous voici dans la tranchée de doublement d'où partent les mines actuelles. C'est la série des S : S1, S2, S3 jusqu'à S5 tout là-bas au bout du secteur.
    S1, S2 n'ont pas mauvaise réputation.... c'est-à-dire que les sapeurs qui s'y trouvent ne croient pas sauter pour l'instant. 
S3, par contre, est l'épouvantail de la Compagnie... et des fantassins.  S3 doit sauter d'un jour à l'autre. D'où vient ce "percot" ? Dieu seul le sait. Mais les pauvres bougres qu'on y fait descendre font un peu figure de condamnés à mort. Les biffins mêmes qui s'y connaissent en misères, s’apitoient sur leur sort.
   S4 a bien meilleure réputation.
    S5, là-bas, tout au bout du secteur, n'a pas mauvaise réputation. Et pourtant, dès le premier contact, elle me cause une sale impression. C'est qu'elle n'est pas faite comme les autres. On y descend par un escalier à 45% en châssis coffrants. Puis à 7 ou 8 mètres de profondeur, on trouve une petite chambre de 2 mètres sur 4 avec un puits vertical au milieu. Sur ce  puits, un treuil qui sert à monter les sacs à terre pleins, et contre les parois, des barreaux cloués forment deux échelles verticales par où remontent ou descendent les hommes. Effectuer cette montée de 6 à 7 m en cas de danger, de panique, si quelque chose se produit au fond, cela promet une bien jolie pagaïe ! En cas de coup dur, on doit y rester....Impression qui malheureusement sera pleinement confirmée.
    S4bis en tête du ravin. une mine que l'on commence seulement. Les poilus qui s'y trouvent ont vraiment le filon. Eux ne risquent rien, du côté guerre de mines, s'entend, car, bien entendu, tout le monde peut se faire démolir ou ratiboiser lors d'un coup de main.

Le géophone




    L'écoute de l'ennemi
Dans nos pérégrinations, nous avons rencontré un de mes anciens camarades d'Érigné : Roger Sorg. Il est cabot écouteur... une affaire !! Les antennes du géophone aux oreilles,  il ausculte doctement le fond de la mine.
L'écoute, en effet, est d'une grande importance dans la guerre de mines que nous menons. Il s'agit de déceler les bruits que fait le boche en travaillant dans ses rameaux, et, partant de là, de les situer.

Une consigne s'impose pour écouter : ne pas travailler nous-mêmes. Nous demandons également aux fantassins de ne pas bouger pendant ces écoutes, de ne faire aucun bruit, ni dans leurs abris, ni dans les boyaux.
Alors, géophone aux oreilles, l'écouteur essaye de déterminer d'où proviennent les bruits entendus. Boussole en mains, il repère leur direction et par recoupement "Debireu", le sergent dessinateur établira la position du dispositif ennemi.
   Ça ne doit pas coller toujours exactement. D'abord, malgré les consignes, il peut se produire des bruits divers venant de chez nous. Et puis le boche lui-même peut bluffer et taper du pic dans des orientations opposées à celles qu'il suit vraiment.

A l'écoute



    J'étais un jour avec le sous-lieutenant Vidal dans S4 et nous écoutions attentivement, le géophone aux oreilles. Rien sinon un gargouillis.... Je le signale au sous-lieutenant, un gros garçon joufflu et un peu ballot, du Périgord.
"Ce n'est rien, me fait-il, c'est mon ventre qui gargouille." et avec son accent périgourdin, c'était à ne pas oublier. 

    Mais le soleil est maintenant au zénith. Il fait presque chaud. Allons, il faut descendre. Nous passons prendre "Jo" là-bas au bout du secteur. "Jo" veut descendre par le boyau Mauxion, très pratique, paraît-il. Prenons le boyau Mauxion.

jeudi 9 janvier 2020

Enfin quelqu'un !

La mairie de Trélazé ne porte guère d'intérêt à mes recherches généalogiques sur la famille Mazé.

Un premier courrier demandant une recherche sur une période de quelques années n'avait reçu aucune réponse.  

On n'a pas que ça à faire en mairie, j'en sais quelque chose mais j'ai toujours répondu à ce genre de demande.

Une seconde demande concernant un acte précis, acte que la mairie doit délivrer à tout requérant n'a pas eu plus de succès. Cette demande faite sur la toile par le site dédié du Service public s'est soldée par le commentaire électronique  suivant : "Cloture manuelle depuis l'interface Suivi-Guichet"" et pas d'autre réponse au bout d'un mois. Si ce n'est pas une fin de non-recevoir, cela y ressemble étonnamment.

J'ai été mauvaise langue : l'acte demandé m'est enfin parvenu ce 11 janvier 2020. Merci à la mairie de Trélazé.

Alors, "enfin  quelqu'un ! ", c'est qui ?

C'est une petite-nièce de Bernard, une petite-fille de son frère Samuel. 

Trouvée sur la toile grâce à Généanet et à son module de recherche qui a fait un lien entre la Berthe Cravie que je recherche et Berthe Cravie de la généalogie de huguesacbd.

C'est un premier contact avec un membre de la famille du soldat Bernard Mazé.

Contact fructueux puisque, du coup, j'apprends que Bernard n'a sans doute pas de descendants vivants, qu'il avait une petite sœur prénommée Berthe et d'autre(s) neveu(x) ou nièce(s), petits-neveux ou petites-nièces toujours de ce monde.


Cette petite sœur, est-ce la même personne que cette Berthe Mazé dont la fiche a été mise en ligne par l'INSEE récemment ?

Mais il y a une autre Berthe.
Berthe Cravie. La maman du soldat. Rien trouvé pour l'instant.

D'après Généanet, des Cravie, on en trouve énormément au Royaume-Uni, une en Maine-et-Loire (Berthe), quelques-uns en Bretagne. Mais le foyer de la famille Cravie c'est l'Occitanie, essentiellement les Pyrénées-Orientales.

Tiens donc ! Marguerite, la fille de Bernard, est-elle allée finir ses jours sur "les terres" de sa grand-mère ou tout simplement partie dans le sud profiter du soleil du Roussillon ?

Mais il est temps que je reprenne le récit de Bernard que j'ai abandonné sur les premières lignes du côté de Verdun.


vendredi 20 décembre 2019

24 millions de décès

Une nouvelle base de données

Ce ne sont pas les pertes humaines de la 1ère Guerre mondiale (entre 18 et 19 millions) mais le nombre des décès survenus entre 1970 et 2019 et que l'INSEE vient de mettre en ligne.

Il s'agit des décès des personnes majeures enregistrés dans chacune des communes de France depuis 1970.

Cette base ouvre de nouvelles perspectives pour les recherches généalogiques.

Mes recherches

Mes recherches sur les descendants du soldat Bernard Mazé étaient bloquées à l'identité d'une de ses filles : Marguerite. La publication de cette base m'a permis de trouver une Marguerite Mazé décédée au Canet-en-Roussillon le 12 janvier 2008.




Est-ce la même personne ?
Je le pense car les carnets de guerre du soldat ont été retrouvés dans cette ville.

Un courriel à cette mairiedes Pyrénées-Orientales dimanche et, dès le lendemain matin, je recevais la copie de son acte de décès.


 Il s'agit bien de la fille de Bernard. J'apprends également dans cet extrait qu'elle a été mariée avec un certain Roland Serge Missonnier.

Même recherche sur la base de l'INSEE. Je ne trouve qu'une seule personne ayant cette identité. Est-ce son époux ?



Google Street me permet d'avoir une photo du dernier domicile de Marguerite

Photo Google Street
Des demandes d'état-civil auprès des mairies de Trélazé, Cholet et Paris 13ème permettront d'en savoir plus sur ce couple.